Témoignages

Quand en mai 2019, Françoise Vernet m’a contacté pour écrire un livre sur l’école, je n’imaginais pas du tout le travail que cela représentait…

Je ne mesurais pas non plus l’importance de cette collection qui est un prolongement, une réponse aux questionnements suite au film DEMAIN de Cyril Dion et Mélanie Laurent.

J’ai cherché, j’ai lu, j’ai interrogé et je me suis servi de mon expérience d’autodidacte.

Naturellement, l’idée est venue d’avoir des témoignages d’anciens élèves.

Nombreux sont ceux qui ont pris la plume mais le format du livre ne permettant pas de glisser tous ces témoignages et j’ai décidé d’ouvrir un blog dans lequel je pourrais placer tous ces textes.

Ce blog est donc avant tout un espace qui leur est dédié mais également un lieu pour les remercier.



De l’ordinaire à l’extraordinaire
« Nous gardons un excellent souvenir de nos années de primaire car c’est une forme d’apprentissage hors du commun et qui pourtant nous semble être la meilleure. Chacun apprend à son rythme et nous sommes sans cesse appelé à nous dépasser pour réussir quelque chose de beau et par nous-même, en aidant par exemple son voisin de classe ou un plus jeune. C’est une grande forme de confiance que le maitre attribue aux élèves. De plus, une grande autonomie est développée depuis le plus jeune âge à travers un travail personnel et des activités ludiques comme l’observation d’une mare ou de la forêt pour étudier la science et vie de la terre ou encore la création d’un potager tenu par les élèves qui nous demandait une régularité dans l’entretien. C’est aussi une façon de nous rendre responsable et de nous faire confiance. Les actions éco-citoyennes mises en place par l’école nous ont permis de prendre conscience des dangers que vit notre planète et nous responsabilisait beaucoup. En plus des activités extérieures, les projets artistiques comme les comédies musicales ou la classe orchestre nous ont permis de développer un esprit artistique et critique. En effet, l’orchestre permet de nous concentrer sur la partition à exécuter mais il développe aussi le devoir d’écouter les autres afin de jouer en harmonie. Cette autonomie nous sert encore aujourd’hui à travers les devoirs demandés à la maison, ou encore les travaux de groupe quel qu’ils soient car notre sens de l’écoute a beaucoup été développé. Accorder beaucoup de confiance et de responsabilité à un enfant dès le plus jeune âge peu faire des miracles et nous en avons été témoins ».

Joséphine 18 ans, Cyprien 16 ans, Constance 14 ans, Nassim 13 ans et Léandre 12 ans

Joséphine, Cyprien, Constance, Nassim et Léandre sont 5 frères et soeurs très impliqués dans nos projets de classe et d’école. Une belle famille.



Enora : « Avec Philippe, j’ai appris que la parole et les actions des jeunes pouvaient compter dans la société de demain, ce qui m’a poussée à m’engager dans des projets.
Maintenant, je mène des actions de toutes sortes, au collège par exemple où je participe à plusieurs instances tels que la commission solidarité et le CHS (Comité Hygiène et Sécurité). Je suis aussi déléguée de classe depuis maintenant 4 ans, et c’est un rôle que je prends très au sérieux depuis l’École des Bosquets, où j’avais pu découvrir l’importance de cette mission.
En dehors du collège, je fais partie de la commission environnement du CIJ (Conseil Intercommunal des Jeunes) du Vexin Centre depuis 3 ans, au sein duquel je participe à des actions dans nos communes. J’ai d’ailleurs pu faire des liens avec mon stage de 3ième mené au PNR (Parc Naturel Régional) du Vexin Français.
Je mène ces actions grâce à la confiance que j’ai pu développer à l’école avec notamment l’école orchestre, le travail en autonomie avec les contrats, l’esprit de solidarité car nous pouvions compter sur nos camarades, les comédies musicales si fortes en émotion où chacun avait un rôle à jouer.
D’un point de vue de mon développement personnel, je me suis découverte une passion pour la musique notamment le chant et la guitare.
Être dans cette classe pendant 3 ans nous a préparés pour l’avenir. Nous avons appris à ne pas avoir peur de nous exprimer, porter nos idées, travailler avec les autres car chacun a quelque chose à apporter. Et enfin cela m’a apportée des expériences inoubliables. Mes souvenirs les plus forts sont : le film « Une idée folle » d’Ashoka, notre chanson à la maison de la radio, notre projet de loi avec la visite de l’Assemblé Nationale, nos sketchs au Grand Rex, la marche pour le climat, les courses solidaires… toutes ces expériences extraordinaires m’ont permis de me construire et d’être ce que je suis aujourd’hui ».

Enora, 14 ans

Enora est très engagée dans la vie du collège, du lycée mais également de la communauté de commune.



Pauline : « Je m’appelle Pauline j’ai 12 ans je suis en 6 eme, j’ai pris confiance en moi et j’ai de la joie d’aller en classe.
J’arrive bien à suivre et à avoir de bonnes notes au collège, même en français !!!
Cela n’a pas été facile d’y arriver.
J’ai eu une scolarité difficile, cela a commencé au CP (difficulté en Français).
Je me suis fait mal mener par la maîtresse.
CE1-CE2 une gentille maîtresse, on découvre que je suis dyslexique (orthophoniste).
Milieu Cm1 mes parents me mettent dans le privée (petit effectif) cela se passe bien jusqu’en CM2. 
D’un coup la directrice décide que je redoublerai le CM2.
Et là mes parents m’envoient en février 2019 en CM2 à Ennery dans la classe de Philippe qui a bien voulu m’accueillir.
Ma vie scolaire à changé.
J’ai été très bien accueillie, vite intégrée.
La pédagogie, la bienveillance est formidable.
Cette classe m’a ouvert les yeux sur l’amitié, apprendre  en se faisant plaisir.
J’ai découvert des capacités que je ne soupçonnais pas, j’ai pris confiance en moi.
Aujourd’hui je continue mon parcours avec tous les biens faits de l’apprentissage de Philippe que je remercie.
Un déclic, un regard, une confiance mutuelle a fait de moi une petite fille qui devait redoubler à une élève bien intégrée au collège avec de belles réussites ».

Pauline, 12 ans

Pauline a effectué un court passage dans ma classe mais quelle capacité d’adaptation et quel courage pour une jeune fille soi-disant inadaptée à l’école !



Frère et soeur : « La classe de Philippe était spéciale pour différentes raisons. Par exemple, en classe, nous avons beaucoup développé notre autonomie. Nous avons travaillé sur des sujets variés comme celui de la nature. Dans notre cour, nous avions une prairie fleurie, un potager, une mare et des nichoirs. Nous apprenions beaucoup de choses sur la nature et nous nous sentions en harmonie avec elle. Tout cela m’a rendu plus sensible à l’environnement et à l’écologie.
Nous faisions aussi de la musique, du chant et des comédies musicales ; grâce à cela, j’ai pu apprendre le violon et le chant. Je me rappelle aussi que, dès la petite section de maternelle, on écoutait et on chantait les chansons de Philippe et, quand on arrivait en cycle 3 donc dans sa classe, on les connaissait déjà.
Cette classe particulière m’a également rendu plus empathique grâce au projet avec Félir. Pour ce projet, nous avons pu échanger avec des enfants du Sénégal et fait une course pour leur envoyer des fournitures scolaires ».

Clara 11 ans avec l’aide d’Yvan, 26 ans et Mina 11 ans

Un beau trio de deux familles dont tous les enfants sont passés dans ma classe. Une implication familiale incroyable pour l’école.



Enaël : « Bonjour, je m’appelle Enaël Planas, je suis actuellement en 4ème et j’ai eu la chance de faire les classes de CE2, de CM1 et de CM2 avec Philippe à Epiais-Rhus. Lors de mon parcours scolaire, Philippe nous a sensibilisé a des thématiques différentes comme l’écologie et la biodiversité, la faim dans le monde, la solidarité, la musique, le chant, les comédies musicales, le jardinage, le sport ou encore le travail de groupe. Philippe nous a aussi initié à la prise en main et à l’autonomie. Grâce à son enseignement riche et particulier,j’ai appris à respecter la nature. J’ai également pris connaissance de l’importance de la tolérance et du respect envers les autres. J’en garde un très bon souvenirs car c’était un expérience unique et enrichissante ». 

Enaël, 13 ans

Discret mais d’une efficacité redoutable, Enaël continue d’être proche de la nature à travers notamment un projet familial de permaculture.



Hugo : « Je m’appelle Hugo, j’ai fait toute ma scolarité en primaire avec Philippe. Ce que j’ai appris pendant cette scolarité le travail de groupe, l’entraide entre nous, d’aborder les problèmes environnementaux de notre siècle ,de mettre en place des actions ,des relations sur le terrain. Faire partager nos idées avec nos différences. A travers les comédies musicales, nous avons appris à prendre confiance en nous devant un public, de s’exprimer. Nous allions au bout de nos idées ,sans être jugé, nous avons tous du potentiel nous avons pu acquérir l’autonomie, s’exprimer, de porter des projets tels que Mission 68° Nord pour partir en Laponie ».

Hugo, 12 ans

Une famille très engagée sur qui on peut compter à tout moment. Hugo est ambassadeur du projet Mission 68° Nord.



Mélanie : « Je m’appelle Mélanie, j’ai eu la chance de passer trois belles années dans la classe de Philippe. J’y ai appris à devenir autonome et à prendre confiance en moi. Malgré mes difficultés d’apprentissage, j’ai toujours pu exprimer librement mes idées. Il m’a permis de connaître mes limites et d’aller au-delà.
Il nous a appris à coopérer tous ensemble et à accepter les différences de chacun. Nous étions acteurs de notre apprentissage et cherchions par nous même mais aussi ensemble les réponses sur les différentes thèmes (mathématiques, français, nature …), ce qui m’a permis de comprendre et de mieux retenir les notions. Nous apprenions tout en participant à des projets transversaux qui nous permettaient de rapprocher des notions élémentaires à des choses concrètes (mesures de distances, lecture, rédaction…).

C
e qui m’a marqué et à laisser des empreintes en moi, est aussi le fait que nous avons appris à nous reconnecter à une chose essentielle et indispensable à chaque être : la nature.
La classe découverte en pleine nature restera gravée à jamais dans mon cœur ainsi que les comédies musicales avec des textes engagés qui rejoignent et me poussent à défendre notre planète. Cela a fait raisonner en moi l’envie de sauver notre Terre !!! ».
Je ne remercierais jamais assez Philippe pour les graines qu’il a semé en moi, et pour l’apprentissage de la Vie ».

Mélanie, 12 ans

D’une gentillesse et d’une conviction à tout épreuve. Mélanie suit son projet personnel qui est aussi un projet familial. Elle est ambassadrice du projet Mission 68° Nord.



Thibault : « Dans la classe de Philippe, nous faisions plus que le programme scolaire, nous avions des projets sur différents thèmes.
Pour apprendre à préserver l’environnement nous avions des nichoirs équipés de cameras, un potager, une mare, nous faisions un relevé météo quotidien, envoyé à une station pour l’afficher dans toutes les écoles partenaires.
La solidarité était importante dans notre apprentissage. Philippe avait créé une association pour venir en aide à Fayako et Félir deux villages du Sénégal. Nous correspondions avec les enfants et organisions des actions pour récolter des fonds et du matériel scolaire. En classe, nous développions de l’empathie pour comprendre les autres et s’entraider, contrôler nos émotions quand quelqu’un nous énerve, pour éviter les violences. Nous travaillions tous ensemble pour créer, chaque année, une comédie musicale sur un de nos thèmes de travail.
Nous avions des responsabilités dans la classe : auto-évaluer nos compétences, créer les règles de vie. Nous avions rédigé une loi qui devait être présenté à l’assemblée nationale. Nous avons participé au film « Une Idée Folle ».
De ces trois années avec Philippe, j’ai gardé la capacité de m’évaluer, une attention particulière pour l’environnement et l’envie d’apporter ce que je sais aux autres notamment dans ma classe ».

Thibault, 13 ans

Proche de la nature et des animaux avec notamment le haras familial, Thibault est une belle personne avec de belles valeurs.



Paulin : « Je m’appelle Paulin, J’ai 12 ans et je viens de rentrer en 6ème. J’ai été deux ans dans la classe de Philippe Viard. C’étaient mes deux meilleures années de primaire.
Comparé à d’autres élèves d’autres classes qui disaient qu’on ne travaille pas et qu’on parle tout le temps, nous avons bien respecté le programme  (la preuve, j’ai bien réussi mon année de sixième sans difficulté) en travaillant différemment en coopération et en s’entraidant.
On travaillait avec un système de ceintures (quand on fait bien quelque chose ou que l’on fait une bonne action pour la classe, on passe plus facilement un grade, mais quand on se comporte pas bien, on avance moins vite, ce qui nous donne envie de progresser).
Nous avons fait deux comédies musicales pour apprendre à s’exprimer et à se mettre dans la peux d’un personnage ou de quelqu’un.
Nous avons fait aussi deux classes de découvertes. La première en baie de Somme pendant 3 jours pour découvrir la Baie de Somme et sa biodiversité. La deuxième en Auvergne, Rhône-Alpes, à Colempce pendant 10 jours où nous avons fait un chantier nature. Le principe était de s’instruire de tout ce que l’on a vécu, d’être plus autonomes, de s’entraider et de bâtir des liens forts.
Dans la classe de Philippe, nous avions une très grande ouverture sur le monde d’aujourd’hui et de demain.
On suivait beaucoup de personnes qui faisaient des actions pour la planète.
Comme Quentin et Matthieu qui ont fait un tour du monde à vélo pour chercher des solutions contre les déchets plastiques.
On a suivi aussi Julie et Vincent et leur projet « In The Eyes Of » pour voir le monde à travaers les yeux d’enfants.
Bien d’autres aventuriers et scientifiques…
Philippe Viard a monté un projet d’expédition qui s’appelle « Mission 68° Nord ». C’est une expédition scientifique en Laponie à laquelle vont participer 7 enfants.
Ces enfants dont je fais partie feront des études scientifiques sur l’impact du réchauffement climatique sur les glaciers, l’océan, la biodiversité et le mode de vie de certains pays.
Un film sera tourné pour faire prendre conscience aux gens du monde qu’il faut agir vite pour sauver la planète.
Pendant deux ans, j’ai été heureux de vivre ce que j’ai vécu dans ma classe avec mes camarades et j’étais triste que ça ne continue pas au collège.
J’ai appris des choses pour toute ma vie !

Paulin, 12 ans

Paulin, issu d’une famille de très grands sportifs, est un excellent hockeyeur participant déjà à de grands tournois. Son engagement pour le projet Mission 68° Nord est sans faille.
  



Nos années à l’école des Bosquets et plus particulièrement avec Philippe.

« C’est une chance pour nous d’avoir été dans une  petite école comme l’était la nôtre.
Avec des classes à triples niveaux, de la première  année de maternelle au CM2, nous étions bien, peu nombreux et nous avions le privilège de bien connaître les adultes, tous les élèves et de créer un lien de confiance entre nous.
Philippe  nous donnait confiance en nous,  donnait la parole aux enfants,  mettait en avant les enfants et surtout  nous écoutait.
Dans sa classe on a vécu nos meilleurs moments scolaires, on a fait de nombreuses choses en plus des choses traditionnelles, comme travailler sur un potager,  une mare, l’observation de mésanges, un hôtel à insectes, on a  découvert de nombreuses expériences comme observer une éclipse avec des lunettes en extérieur alors que les autres écoles  restaient confinées et n’avait pas le droit de sortir.
On pouvait construire des cabanes dans les bois à côté de l’école et faire des igloos sur le terrain de foot quand il y avait de la neige. On s’amusait aussi à faire des batailles de boules de neige avec les adultes. Dans les autres écoles c’était souvent interdit de ce que l’on entendait autour de nous.
On travaillait beaucoup en autonomie avec les contrats, l’entraide  également dès qu’on avait terminé  on allait aider les autres.
On a appris plein des choses sans s’en rendre compte comme en mathématiques en calculant  les kilomètres économisés en allant à pied à l’école, ou en covoiturage ; pareil pour le calcul de la masse que représentaient la récupération de piles usagées… On faisait des maths sur des exercices concrets tout en s’amusant, on travaillait les multiplications en s’amusant également.  On a appris à aimer lire et choisir nos lectures grâce au rallye lecture.
On a voyagé en classe de découverte, classe de neige et également en suivant les skippers du Vendée Globe et en découvrant leurs parcours tous les jours.
On a fait des comédies musicales, il y avait une bonne ambiance, une belle effervescence tous ensemble, on apprenait des textes, des chansons et on s’en rendait pas compte, on s’amusait. Philippe nous faisait confiance et on avait confiance en nous …On arrivait à vaincre notre timidité.
Philippe nous incitait à prendre des initiatives, à faire notre part comme l’histoire du petit colibri. On a   ainsi fait des projets comme les bâtisseurs du possible, on a réalisé, des ventes d’objets, de gâteaux pour financer le local à vélos des petits de maternelles et la plantation d’un arbre.
Quand on faisait du sport c’était un plaisir, on a fait du roller, des échasses, des jeux, des courses solidaires.
On se sentait libre, pas stressées et on était vraiment contentes d’aller à l’école.
On avait une liberté dans la classe pour bouger, se déplacer en toute confiance (ce n’est plus le cas maintenant …on ne peut même pas se lever pour jeter un papier dans la poubelle, ou aller aider les autres) ; de plus on n’avait pas de notes, pas de contrôles notés sur  20, on avait de temps en temps des évaluations mais avec des TB,  des B et c’était vraiment super, vraiment pas de stress, pas de nœud au ventre.
On avait tous des responsabilités dans la classe pour nous apprendre à être autonome, à être responsable, chacun avait sa mission et on était fier de l’honorer et en plus il n’y avait pas de moquerie ni de jalousie.
Cette méthode d’apprentissage nous a bien aidée à nous construire car aujourd’hui, nous n’avons pas besoin de faire trop d’efforts pour retenir les choses, retenir l’essentiel ;  on sait ce qu’il faut faire et surtout ne pas faire en écologie par exemple pour préserver la planète.
Nous sommes autonomes dans nos devoirs, dans notre organisation scolaire et nos résultats scolaires sont plutôt bons.
Pour finir, on souhaite à tout le monde d’avoir la chance d’avoir un instituteur comme Philippe qui arrive à voir le meilleur en chacun de nous et à transmettre de belles valeurs : «  Montrez l’exemple », est en effet, «  le seul moyen de convaincre ».

Clara 15 ans et Charlotte 13 ans

Deux filles et une maman très engagées au sein de l’école. Toujours présentes et partantes pour organiser, aider.



Point de vue de parent

« Qui n’a pas, en tant que parent d’élève, rêvé d’être une petite souris pour regarder ce qui se passe en classe ? C’est une réalité que j’ai vécue dans la classe de mes enfants, où les parents qui le souhaitent sont toujours les bienvenus pour venir observer le fonctionnement de la classe pendant une demi-journée. Et j’élargirai même le concept « parents » à la famille (grands-parents, oncles et tantes, etc.). Cela permet de comprendre la place donnée à la réflexion et à la coopération.

Les projets sont nombreux et variés, de la classe découverte au « chantier nature » en passant par la comédie musicale, le potager, le Vendée Globe, ou la prise de conscience du réchauffement climatique. Les enfants sont, pour la plupart, très motivés par tous ces projets qui sont concrets et actuels ; ils apprennent énormément de notions sans s’en rendre compte.

L’enthousiasme est communicatif et les enfants nous entraînent avec eux ! Ainsi, toute la famille prend conscience de la nécessité de réduire les émissions de CO2, les déchets, mais elle se met aussi à suivre le Vendée Globe avec passion. On se découvre cameraman ou décorateur pour une comédie musicale… et bien d’autres exemples qui nous permettent de nous impliquer dans l’école de nos enfants. »

Gwénola Personne, maman d’élève

Gwénola est très impliquée dans la vie de l’école, toujours partante pour aider. Elle est maman de Paulin, d’Arthur et Solenn.



« Clés pour s’ouvrir à la puissance des images et à la poésie.

L’Education nationale et le CNC (Centre National du cinéma) ont doté chaque école d’un coffret pour apprendre et comprendre les métiers du cinéma à travers le film de Michel OCELOT  Azur et Azmar. Outre le fait que ce cadeau est un bel objet, il  est particulièrement bien conçu.
Dans une circonscription, les premiers à le découvrir ont été des directeurs d’écoles. Conviés par l’IEN avec pour ordre du jour de la réunion « et si on jouait »,  il ne leur a fallu que très peu de temps pour que les groupes s’organisent, s’approprient des accessoires, se distribuent les rôles. Il y a eu des réalisateurs, des bruiteurs, des accessoiristes, des acteurs, des réalisateurs pour tourner en un temps record des films de quelques minutes. Peu importe le résultat :il a fallu échanger, négocier, coopérer et en prime il y a  eu de nombreux fous rires.
Le  coffret est maintenant dans une école, dans l’école où Ali est  scolarisé depuis quelques mois. Arrivé du Maroc, il était non francophone, son adaptation a pris du temps. Il parle maintenant le français, il reste cependant un peu en retrait. Quand l’enseignante passe l’extrait du film Azur et Asmar dans lequel le français et l’arabe se côtoient Ali est aux anges, il prend la parole, il explique les mots, parle de son pays, de sa culture. Les autres l’interrogent, demandent des explications, s’enthousiasment ; il se passe quelque chose dans le groupe selon l’enseignante un moment de pédagogie et d’échanges extraordinaire.
Plusieurs directeurs pour relever un défi, un élève pour éclairer les autres et dans le même temps faire sa place, se sentir reconnu. Ces deux situations ont un point commun : être ensemble, faire ensemble, c’est là l’essentiel ».

Bénédicte Lesieur, inspectrice de l’Education Nationale

Mme Lesieur a été mon inspectrice dans le Vexin. Elle m’a demandé quelques années plus tard d’animer un atelier après la projection du film Une Idée Folle.


L’école idéale…

Cher Philippe. Quelle merveilleuse matinée. Je veux te dire que nous ne cessons de penser et de parler, Emma, Yefren et moi de ce que nous avons vécu dans ta classe à Ennery. Elle est donc tout près de nous, cette école idéale !… Quel dommage, elle est si peu imitée ; pourquoi les enfants sont ils si peu écoutés, si tristes et sans projets dans la plupart de nos écoles ? 
Cela me fait penser à ce que je connais de l’école finlandaise (Verna, une amie finlandaise prof de violon s’occupait de Tutti Méditerranée il y a peu de temps encore et nous étions surpris par son efficacité pédagogique). Quand je regarde le reportage Michael Moore, cela me fait beaucoup penser à ta façon de faire. suite

Jean-Claude Decalonne, suite à sa visite dans notre classe, mars 2022


Notre vie complexe.

« Pourquoi l’école est-elle conçue telle qu’elle existe aujourd’hui ?  Une question qu’on se pose rarement. En effet, comment expliquer ce design dont les principes de base sont : la création d’un lieu déconnecté de la vie, de la nature, du tissu familial et communautaire et de toute ressource culturelle pour transmettre des connaissances, elles-mêmes séparées des contextes complexes et rendues abstraites, organisées par discipline et hiérarchisées ; la formation des spécialistes par matière ; la création d’un cadre avec un emploi du temps, des groupes d’âge et des règles de conduite ; la focalisation sur l’esprit analytique et rationnelle ; la négation des émotions ; la mise en place d’un système d’évaluation pour ainsi assurer le conformisme, la compétition et le développement individuel.

On y voit clairement l’empreinte de la pensée cartésienne et newtonienne. Une conception méticuleuse pour un appareil éducatif efficace. A l’époque, non seulement les sciences mais toute la société en Europe s’imprègne de cette vision cartésienne du monde et de son état d’esprit. L’école, l’entreprise, l’université, l’industrie, l’administration… se structurent à son image pour accomplir leurs missions respectives. Progressivement la science remplace cette vision mécanistique par une représentation systémique selon laquelle, la terre est un vaste réseau de vie indissociable, composée d’innombrables éléments en interactions incessantes et en évolution constante. Dès lors, les incertitudes, l’inattendu, l’imprévu, les contradictions, les ambiguïtés… sont parties intégrantes de ces contextes changeants.

Le changement se voit partout. Chacun de nous change en continue, qu’il soit sur le plan physique, mental ou émotionnel. Tout comme notre univers social et familial. Ou encore les écosystèmes. De complexes liens sociaux et environnementaux émergent constamment, au sein desquels les connaissances évoluent ainsi que l’environnement éducatif. Alors, comment restructurer l’appareil éducatif conçu comme une machine pour un contexte qui n’en est pas une ! Malgré toutes les tentatives de réformes, pourquoi n’arrive-t-on pas à tourner la page ? Comme disait Einstein, on ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré. Pour comprendre et agir dans un monde complexe, il faudrait penser « complexe » et expérimenter sur la base de nouvelles hypothèses.

Alors quelles pistes ?

° Comprendre un environnement en mouvement perpétuel, commence par se comprendre. En effet, notre lecture d’un contexte, nos réactions, perceptions et décisions sont guidés par nos sentiments du moment. De fait, ils sont non seulement au cœur de nos expériences individuelles et sociales, mais aussi de nos facultés à raisonner. D’où l’importance de la prise de conscience de soi dans les pratiques à l’école. Il faut apprendre à se connaître, à s’aimer et à gérer ses émotions.

° La cohésion dans un environnement évolutif dépend de la qualité de ses liens sociaux et environnementaux. Dès lors, l’école devrait intégrer la prise de conscience sociale et écologique dans ses approches pour améliorer la qualité des relations entre individus et entre l’Homme et la Nature. Ceci implique des méthodes pour renforcer les capacités d’écoute sensible, de communication positive, d’appropriation de feedbacks, d’empathie pour autrui et pour le vivant… mais mieux, il exige que l’école devienne moteur d’un territoire apprenant en s’inscrivant dans la vie plus large et en créant des liens constructifs et de qualité avec toutes les ressources de connaissances et d’apprentissages qu’offrent son environnement, sa culture et sa communauté.

Il va de soi que ce travail sur la prise de conscience est nécessairement accompagnée d’un système d’auto-évaluation et d’évaluation des pairs.

° Un objet de connaissance n’est pas figé. Son sens varie selon le contexte. Dans le même contexte, il peut changer suivant l’évolution de celui-ci. Ce qui paraît juste dans un endroit, ne l’est pas dans un autre. Ce qui est bon aujourd’hui, ne le sera pas dans quelques années. Une solution pour l’Europe, peut causer des dégâts en Antarctique. Pour ainsi dire, toute connaissance a des limites dans un contexte de vie réelle. La contextualisation, outre donner du sens aux connaissances, développe des capacités à penser global et à agir local. Elle facilite l’appropriation de la causalité circulaire fondamentale à la compréhension des expériences complexes dans une vie familiale, sociale, communautaire ou planétaire. En effet, la causalité linéaire n’explique pas les phénomènes de vie réelle.

° Ce monde en mouvement nous oblige à nous libérer de l’emprise des certitudes propre au paradigme cartésien. Dans un contexte complexe, il faut apprendre à avancer par l’approximation successive, en accueillant l’ambiguïté sans chercher à la dissiper immédiatement, encomprenant les conséquences potentiellement importantes de nos actions dans un délai lointain, en encourageant une pensée flexible et divergente, en s’assurant d’un maximum de diversité pour tout et en toutes circonstances,en identifiant des leviers possibles et ainsi de suite.

Voilà quelques modes de pensée différents pour ré-imaginer l’école… La prise de conscience de soi, du collectif et écologique, l’auto-évaluation, l’évaluation des pairs, la contextualisation des connaissances, la causalité circulaire, la pensée divergente, l’éducation à l’incertitude, à l’imprévu, à l’ambiguïté… autant de pistes pour innover, expérimenter et faire tourner la page du système cartésien et ainsi inscrire l’école dans une vision systémique de la vie telle qu’elle est – complexe ! ».

Sheela Pimparé, Formatrice, Education à la complexité.

J’ai rencontré Sheela lors de la préparation de notre projet d’expédition dans le Grand Nord. Elle m’a éclairé sur l’aducation à la compléxité.



L’école pour faire société

« On oublie souvent de se demander pourquoi on apprend à lire à l’école. C’est bien pour qu’ensuite on puisse communiquer avec les autres, s’informer, se cultiver, en réalité poser une rapport au monde. Cette mission fondamentale de l’école concerne tous les domaines. C’est pour cette raison que depuis 20 ans nous avons fait le choix de placer le « faire société » au coeur du projet éducatif, faire société aujourd’hui et accompagner les élèves dans leur vision du faire société demain. Cela implique nécessairement une ouverture forte de l’école. Les projets menés permettent à chaque acteur du territoire d’y trouver une place, chacun à sa mesure, faisant ainsi que d’une somme de projets individuels nous arrivions à un projet collectif. La solidarité, la coopération, la créativité, toutes ces compétences dont nos élèves auront besoin pour relever les défis sociétaux en cours ne s’apprennent pas, elles s’éprouvent. Par le « faire ensemble », les élèves apprennent à « être », être eux-mêmes et être avec les autres, avec toutes les difficultés que cela pose. C’est par le débat et l’échange que nous aidons les élèves à dépasser ces difficultés, à trouver leur place dans ce projet collectif mais aussi à identifier la place de l’autre, en connexion permanente avec leur territoire, depuis les questions locales telles que l’aménagement du bourg jusqu’aux questions globales telles que celle du dérèglement climatique.
La dimension relationnelle est au coeur des enjeux : relation à soi, aux autres, à la nature, mais aussi rapport à l’apprentissage, à l’erreur, à la culture. C’est sans doute en permettant aujourd’hui à nos élèves d’être acteurs dans leur monde que nous leur donnerons les moyens demain d’être acteur du futur désirable que nous leur souhaitons ».

Nolwenn Guillou directrice de l’école du Blé en Herbe.

Une belle rencontre avec Nolwenn lors du film Une Idée Folle. Nolwenn est tellement engagée pour son école…

MESSAGES DE LECTEURS

« J’ai beaucoup apprécié. En tant qu enseignante, il me parle, rassure, encourage à s’écouter davantage, oser faire par rapport à ce qu’on ressent, qui on est. Pas toujours facile de trouver cet équilibre entre soi et ce que le système attend de nous… »
Anne-Laure, enseignante en cycle 2.

Grand merci pour ce livre dont je vais me servir en formation dès ce trimestre. L’école reste une si belle utopie à faire vivre et évoluer, partageons la !
Bien à vous
Bénédicte Lesieur, Inspectrice de l’Education Nationale.